La Libération voit la réintégration des professeurs exclus par le régime de Vichy et des procédures d’épuration contre ceux qui sont accusés de collaboration ou d’attitudes anti-patriotiques. Deux professeurs sont mis à la retraite, trois autres font l’objet d’enquêtes qui se concluent par un blâme ou l’absence de sanction de la part du ministre de l’Éducation nationale. Les instructions contre les anciens ministres Joseph Barthélémy et Georges Ripert se concluent par la mort du premier et un non-lieu pour le second. L’hommage rendu aux résistants en 1945, et le travail pour identifier les victimes inscrites sur le monument aux morts de la guerre érigé en 1951, occultent les persécutions antisémites.
« [Ordonnance du 4 juillet 1943 sur la réintégration] », Journal officiel de la République française, 75e année, no 165, 10 juillet 1943
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Cette ordonnance du 4 juillet 1943 de la France libre, signée par le général de Gaulle à Alger, organise la réintégration des fonctionnaires victimes de Vichy. L’article 8 stipule explicitement : « Les magistrats, fonctionnaires et agents civils et militaires relevés de leurs fonctions pour motif d’ordre racial […] bénéficieront de l’ensemble des dispositions ». Publiée au Journal officiel de la France combattante, cette ordonnance constitue le premier cadre juridique de la réparation républicaine, plus d’un an avant la Libération.
« [Ordonnance du 4 juillet 1943 sur la réintégration] », Journal officiel de la République française, 75e année, no 165, 10 juillet 1943 (fin)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« [Ordonnance du 27 janvier 1944 concernant la réintégration des fonctionnaires] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 26, 3 février 1944
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Cette ordonnance complète celle précécente de juillet 1943.
« [Ordonnance du 29 novembre 1944 concernant la réintégration] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 139, 2 décembre 1944
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Le gouvernement provisoire de la République française promulgue cette ordonnance portant réintégration des fonctionnaires victimes des lois raciales de Vichy. Ce texte complète l’ordonnance du 9 août 1944 en précisant les modalités de réparation des préjudices subis. Il marque une étape claire dans le rétablissement de la légalité républicaine et permet la réintégration de milliers de fonctionnaires juifs exclus sous Vichy.
« [Ordonnance du 29 novembre 1944 concernant la réintégration] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 139, 2 décembre 1944 (suite)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« [Ordonnance du 29 novembre 1944 concernant la réintégration] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 139, 2 décembre 1944 (fin)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« [Arrêté du 4 octobre 1944 portant réintegration des fonctionnaires dans l’enseignement supérieur] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 118, 6 novembre 1944
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Dès l’automne 1944, les cinq professeurs juifs exclus de la faculté de droit de Paris sont tous réintégrés rétroactivement. C’est le cas de René Cassin, Albert Aftalion et Roger Picard par cet arrêté du 4 octobre.
« [Arrêté de congés de R. Picard] », 1er mars 1945
Source Archives nationales, AJ/16/6119
Comme le montre le document précédent, l’arrêté du 4 octobre réintègre officiellement les professeurs juifs exclus sous Vichy, dont Roger Picard. Pourtant, ce dernier ne revient jamais enseigner à Paris : installé aux États-Unis depuis son exclusion, il demande des congés successifs jusqu’à sa retraite en 1948.
« [Arrêté de maintien de M. Aftalion jusqu’à l’été 1946 au plus tard] », 14 juin 1945
Source Archives nationales, AJ/16/932/1
Albert Aftalion est aussi officiellement réintégré par l’arrêté du 4 octobre. Mais rattrapé par l’âge de la retraite, il obtient un délai pour reprendre son enseignement mais uniquement jusqu’à la fin de l’année 1945-1946.
« [Cérémonie d’hommage à William Oualid après la guerre : discours du représentant de la faculté de droit] »
Source Mémorial de la Shoah / Coll. Valluis-Oualid.
Oualid, mort en novembre 1942 de maladie, est réintégré à titre posthume. Une cérémonie d’hommage est organisée après la Libération, au cours de laquelle un représentant de la faculté de droit fait l’éloge de son ancien collègue.
« [Cérémonie d’hommage à William Oualid après la guerre : discours du représentant de la faculté de droit] » (fin)
Source Mémorial de la Shoah / Coll. Valluis-Oualid.
« [Arrêté de mise à disposition de R. Cassin au ministère de la justice] », 20 novembre 1944
Source Archives nationales, F/17/27015
René Cassin est officiellement mis à disposition du ministère de la Justice par cet arrêté et il prend immédiatement après la vice-présidence du Conseil d’État.
Parmi les cinq professeurs juifs exclus sous Vichy, seul Henri Lévy-Bruhl reprend durablement son enseignement.
« [Ordonnance du 27 juin 1944 relative à l’épuration administrative] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 190, 9 août 1944
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Avant même la libération, le travail législatif de la France libre se met en œuvre. Le sort des fonctionnaires et agents publics ayant participé au régime de Vichy est une préoccupation importante en vue du rétablissement de la légalité républicaine. Cette ordonnance de juin 1944 prévoit que ces agents vont faire l’objet de sanctions qui peuvent aller d’une simple rétrogradation à la révocation sans pension.
« [Ordonnance du 27 juin 1944 relative à l’épuration administrative] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 190, 9 août 1944 (fin)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« [Arrêté du 26 octobre 1944 sur les conseils académiques d’enquête et conseil supérieur d’enquête] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 166, 4 novembre 1944
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Ce décret concerne la mise en application de l’Ordonnance du 27 juin 1944 relative à l’épuration administrative dans l’enseignement. Il prévoit la mise en place de conseils d’enquête dans chaque académie. Ces conseils académiques transmettent alors leurs propositions au conseil supérieur d’enquête, organe du ministère de l’Education nationale également chargé de l’instruction directe des cas les plus importants. La décision finale revient au ministre de l’Education nationale.
« [Arrêté du 26 octobre 1944 sur les conseils académiques d’enquête et conseil supérieur d’enquête] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 166, 4 novembre 1944 (fin)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« [Ordonnance du 18 novembre 1944 instituant une haute cour de justice] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 128, 19 novembre 1944
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
L’épuration s’accompagne de la mise en place d’institutions extraordinaires. Le volet administratif est assuré par les conseils d’enquête. Sur le plan pénal, la Haute Cour de justice est instituée. Présidée par le président de la Cour de cassation, elle a pour mission de juger les hauts fonctionnaires tels que le chef de l’Etat ou du gouvernement ainsi que les ministres ayant participé au régime de Vichy.
« [Ordonnance du 18 novembre 1944 instituant une haute cour de justice] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 128, 19 novembre 1944 (suite)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« [Ordonnance du 18 novembre 1944 instituant une haute cour de justice] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 128, 19 novembre 1944 (fin)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« [Voeux de la faculté de droit suite à l’arrestation de G. Ripert] », 28 août 1944
Source Archives nationales, 3W/323
La participation de Georges Ripert au gouvernement de Vichy en 1941 lui vaut d’être arrêté le 26 août 1944, le lendemain de la libération de Paris. Une grande partie des professeurs de la faculté de droit décident alors spontanément d’exprimer publiquement leur soutien, au nom de la faculté, par ce vœu. Sa libération immédiate est demandée du fait de sa « haute personnalité », garante selon les professeurs que Georges Ripert « ne se soustraira en rien aux lois du pays ».
« [Réponse de Henri Wallon au voeux de la faculté] », 31 août 1944
Source Archives nationales, 3W/323
Face à la demande surprenante des professeurs de la faculté de droit, le secrétaire général à l’Education nationale Henri Wallon leur répond par la lettre ici présentée. Il s’étonne de leur persistance à qualifier Georges Ripert de « doyen » alors même que celui-ci a fait l’objet d’une suspension de ses fonctions, sanction qu’Henri Wallon a lui-même décidé. Il se montre par ailleurs critique vis-à-vis du choix d’avoir formulé cette demande au nom de la faculté : « Je ne crois pas que vous ayez ainsi rehaussé votre prestige dans l’opinion ni gagné la confiance de la Nation ».
S.N., « Joseph Barthélémy a été arrêté », Dépêche de Constantine, 16 septembre 1944
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Autre professeur de la faculté de droit faisant l’objet d’une arrestation, Joseph Barthélemy, garde des sceaux du gouvernement de Vichy de 1941 à 1943, est arrêté le 22 août 1944. Il s’agit sans doute du professeur de la faculté ayant été le plus impliqué dans la participation au pouvoir aux côtés du Maréchal Pétain. La Haute cour de justice débute alors l’instruction de son dossier mais ne peut mener la procédure à son terme. Joseph Barthélemy décède en effet d’un cancer en mai 1945, avant d’avoir pu faire l’objet d’un jugement.
« [Arrêté du 8 novembre 1944 portant suspension de fonctions] », Journal officiel de la République française, 76e année, no 119, 10 novembre 1944
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
Dans le cadre de l’épuration, les professeurs de droit ayant eu des responsabilités au sein du gouvernement de Vichy sont non seulement arrêtés mais également suspendus de leurs fonctions. C’est ce qu’officialise cet arrêté rétroactif de novembre 1944, actant leur suspension depuis le 20 août. Ce décalage témoigne de l’urgence dans laquelle se trouvaient les autorités de la France libre pour mettre en œuvre l’épuration.
« [Audition de G. Gidel par le conseil supérieur d’enquête lors de l’épuration] », 11 décembre 1944
Gilbert Gidel, décrit dans l’article suivant comme un maréchaliste hostile à la collaboration, est recteur de l’Académie de Paris et membre du Conseil national durant la guerre. C’est à ce titre qu’il fait l’objet, dans le cadre de l’épuration, d’une procédure devant le Conseil supérieur d’enquête qui est chargé de l’instruction des affaires les plus importantes. Le document présenté est le rapport de son audition. On constate que Gilbert Gidel tente de s’appuyer sur son hostilité à la collaboration pour se disculper, sans mentionner sa proximité avec le Maréchal Pétain. C’est ainsi qu’il indique notamment avoir refusé de communiquer aux autorités occupantes la distribution de tracts au sein de la faculté ou encore s’être opposé à la mise en place du STO.
« [Séance du conseil supérieur d’enquête : procédure d’épuration à l’encontre de Gilbert Gidel] », 18 décembre 1944
La séance par laquelle le Conseil supérieur d’enquête donne son avis sur la sanction à appliquer à Gilbert Gidel est présidée par Léon Julliot de la Morandière, doyen de la faculté de droit à la libération, qui l’introduit en listant les éléments à charge relevés lors de l’audition. En apparence, tout oppose les deux hommes : c’est à un ancien résistant qu’il revient de statuer sur le cas d’un haut fonctionnaire du régime de Vichy. Pourtant, Julliot de la Morandière n’adopte pas une attitude inquisitrice contre Gilbert Gidel. Il semble, au contraire, excuser la plupart des griefs à son encontre. Il est même celui qui se prononce en faveur de la sanction la plus faible, à savoir la rétrogradation de classe, tandis que la majorité se prononce en faveur de sa mise à la retraite d’office. Il s’agit d’un nouvel exemple de la complexité des relations entre professeurs de la faculté pendant puis au sortir de la guerre, désormais entre anciens résistants et anciens fonctionnaires du régime de Vichy. La décision finale est prise par le ministre de l’Education nationale le 21 septembre 1945 : Gilbert Gidel ne reçoit qu’un blâme.
« [Conclusions sur le cas de H. Laufenburger par le conseil académique d’enquête] », 8 novembre 1944
Henry Laufenburger fait également l’objet d’une enquête. Simple professeur, son cas est d’abord déféré au Conseil académique d’enquête. Il lui est entre autres reproché d’avoir, dans les jours suivant la débâcle militaire française, tenu des propos qui s’apparentaient à de la satisfaction de voir l’Allemagne envahir la France, suggérant notamment de « s’inspirer » de leurs « principes » s’agissant des personnes juives ; ainsi que divers propos collaborationnistes. La sanction alors proposée est la révocation.
Gabriel Le Bras, « Rapport sur le cas de M. Laufenburger – Conseil supérieur d’enquête du ministère de l’Éducation nationale », 18 décembre 1944
La seconde étape de l’instruction du dossier de Henry Laufenburger se déroule devant le Conseil supérieur d’enquête. Gabriel Le Bras, l’un de ses collègues, est chargé de la rédaction du rapport pour le CSE. Il se livre à une analyse plus contrastée que ne le proposait le Conseil académique d’enquête. Il commence par rappeler les liens de Henry Laufenburger avec l’Allemagne – celui-ci étant alsacien – puis décrit, de façon pour le moins étonnante, sa personnalité, qu’il présente notamment comme étant emprunte d’une « prodigieuse activité » ainsi que de « sincérités contradictoires ». S’agissant de ses activités durant la guerre, Gabriel Le Bras présente un professeur hésitant « entre l’opposition et la collaboration » jusqu’à juillet 1942. Il cite par ailleurs des témoignages de militaires lui attribuant des actions de résistance. Ces éléments conduisent le Conseil supérieur d’enquête à désavouer le Conseil académique, qui aurait accordé une trop grande importance aux propos tenus en 1940. Seul un blâme et la transmission de son dossier au ministère de l’Intérieur est alors proposée – une sanction de nature, selon Gabriel Le Bras, à « tempérer l’exubérance » du prévenu. Les arguments invoqués par ce dernier mettent par ailleurs en exergue le caractère subjectif et personnel de ces procédures.
« [Décision du ministre de l’Éducation nationale sur le cas de H. Laufenburger] », 24 janvier 1945
Source Archives nationales, F/17/16833
Par cette lettre du ministre de l’Education nationale au directeur de l’enseignement supérieur, le ministre fait connaître sa décision à l’égard de Henry Laufenburger. Malgré les recommandations du Conseil supérieur d’enquête, aucune sanction n’est prise à son égard.
« [Décision du conseil académique d’enquête sur le cas de René Maunier] », 11 octobre 1944
Source Archives nationales, F/17/16847
Ce document et les suivants reviennent sur le cas de René Maunier, nouvel exemple après les cas Gilbert Gidel et Henry Laufenburger. Ces différentes procédures menées à l’encontre des professeurs permettent d’appréhender la diversité des parcours qu’ont eu ces derniers durant la guerre. S’agissant de René Maunier, celui-ci se voit reprocher ses fréquentations avec l’occupant. Le conseil académique d’enquête se prononce alors en faveur d’une sanction de cinq ans de suspension avec demi-traitement, à 15 voix contre 13 demandant sa révocation.
« [Décision du conseil académique d’enquête sur le cas de René Maunier] », 11 octobre 1944 (fin)
Source Archives nationales, F/17/16847
« [Décision du conseil supérieur d’enquête sur le cas de R. Maunier] », 13 novembre 1944
Source Archives nationales, F/17/16847
Les moyens employés par René Maunier dans sa défense sont pour le moins surprenants. Ce dernier reconnaît bien avoir eu, durant la guerre, des contacts fréquents avec l’occupant, mais il réfute toute portée politique à ces fréquentations et leur attribue un objet purement scientifique. Le Conseil supérieur d’enquête semble considérer crédible sa candeur en approuvant ses arguments, mais dénonce toutefois une « légèreté » et une « inconscience impardonnable ».Contrairement au cas de Henry Laufenburger, le CSE vote cette fois une sanction plus sévère que celle proposée par le Conseil académique : la mise à la retraite d’office.
« [Décision du conseil supérieur d’enquête sur le cas de R. Maunier] », 13 novembre 1944 (fin)
Source Archives nationales, F/17/16847
« [Arrêté du ministre de l’Éducation nationale pour mise à la retraite d’office de R. Maunier] », 23 novembre 1944
Source Archives nationales, F/17/16847
La proposition du Conseil supérieur d’enquête est suivie par le ministre de l’Education nationale, qui décide de la mise à la retraite d’office de René Maunier. Si plusieurs sont inquiétés, il s’agit de l’un des seuls professeurs de la faculté de droit à se voir sanctionner pour des faits de collaboration.
« [Commission rogatoire pour enquêter sur G. Ripert] », 22 juin 1945
Source Archives nationales, 3W/323
L’instruction du dossier de Georges Ripert est un cas particulier parmi les professeurs de la faculté : il est en effet le seul à avoir son dossier instruit par la Haute cour de justice. Georges Ripert est jugé à la fois pour ses fonctions exercées an tant que secrétaire d’état à Vichy, mais également pour ses fonctions de doyen de la faculté de droit. Ce document détaille le déroulement de l’instruction de son dossier.
« [Audition de G. Lecomte dans l’affaire contre G. Ripert] », 30 janvier 1945
Dans le cadre de l’instruction du dossier de Georges Ripert, plusieurs témoignages sont recueillis, étonnamment tous à décharge. Il en va ainsi de celui de Georges Lecomte, ici reproduit. Il y raconte sa rencontre avec Georges Ripert lorsque ce dernier était secrétaire d’Etat à l’instruction publique et à la jeunesse, dans le contexte d’application de la loi portant statut des juifs. Selon Lecomte, le secrétaire d’Etat n’aurait pas caché sa désapprobation de ladite loi, et aurait partagé ne pas souhaiter l’appliquer à moins d’y être contraint, approuvant ainsi que Lecomte ne dénonce pas une professeure juive. Sans que cet exemple ne puisse être généralisé, un parallèle peut à ce titre être établi avec l’attitude qu’il a envers Roger Picard. En effet, lorsque ce dernier l’informe de son ascendance juive en 1940, Georges Ripert ne transmet pas cette information aux autorités, se contentant d’évoquer des « rumeurs » lorsque la question est évoquée par l’administration en 1942.
On retrouve dans ce document l’argumentaire déployé par la défense de Georges Ripert. Il est notamment mis en avant que les fonctions exercées par ce dernier n’étaient que « honorifiques », sans réelle effectivité, correspondant davantage à une fonction de « simples secrétaires généraux ». Le prévenu n’aurait, selon ses dires, jamais eu la volonté de jouer un quelconque rôle politique.
« [Procès verbal de l’interrogatoire de G. Ripert] », 5 mars 1947
Interrogé par la Haute Cour de justice, Georges Ripert est contraint de défendre ses agissements durant la guerre. Il nie toute activité de collaboration et se présente, bien au contraire, comme un résistant. La défense employée dans le document précédent quant à ses fonctions de secrétaire d’Etat est reprise. Concernant sa mission de doyen de la faculté de droit de Paris, il se portrait en doyen apprécié des étudiants, les ayant protégés de l’ingérence de l’occupant et des réquisitions du STO, y compris lorsqu’il était interrogé par la Gestapo. Georges Ripert évoque également le cas de Jules Basdevant, qu’il dit avoir protégé de toute sanction. Sur ce point, les archives montrent le décalage entre les faits et la version rapportée par Ripert. En effet, le professeur Basdevant fait bien l’objet d’une sanction : il se voit détacher à Lyon à la suite de propos ayant déplu à l’occupant, tenus lors du cours de rentrée de l’année 1941-1942, et fait ensuite en 1944 l’objet d’une mise à la retraite d’office.
« [Réquisitoire lors du procès contre G. Ripert] », 30 avril 1947
Il existe une similarité troublante entre les arguments employés par Georges Ripert dans sa défense et le réquisitoire du procureur lors de son procès. L’ancien secrétaire d’Etat de Vichy est présenté comme un simple « technicien » qui aurait tout mis en œuvre pour limiter l’application des lois portant statut des juifs. En tant que doyen, il est présenté comme ayant manifesté « une résistance soutenue » à l’occupation : sont relevés sa protestation à l’entrée des autorités allemandes dans la faculté ou encore son éloge funèbre aux professeurs juifs Albert Wahl et William Oualid. Le procureur conclut son réquisitoire en énonçant que Georges Ripert a « favorisé la résistance à l’occupant et au gouvernement de Vichy ». Le non-lieu est alors requis.
« [Arrêt de non-lieu pour G. Ripert] », 2 mai 1947
Source Archives nationales, 3W/324
Près de deux ans après son arrestation et à l’issue d’une procédure par laquelle Georges Ripert n’a presque jamais été confronté directement, exception faite de son interrogatoire reproduit dans la présente galerie, la Haute Cour de justice prononce finalement un non-lieu envers le prévenu, au motif que ce dernier aurait exercé des activités de résistance, excusant ainsi sa participation au gouvernement de Vichy. Il est, des suites de ce non-lieu, réintégré à la faculté de droit de Paris et poursuit sa carrière. Il est célébré par des mélanges en 1950, sans qu’il n’y soit fait quelque mention de ses activités durant la guerre.
« [Arrêt de non-lieu pour G. Ripert] », 2 mai 1947
Source Archives nationales, 3W/324
« [Arrêt de non-lieu pour G. Ripert] », 2 mai 1947 (fin)
« [Ordonnance du 2 novembre 1945 relative aux actes de décès des militaires et civils morts pour la France] », Journal officiel de la République française, 77e année, no 260, 5 novembre 1945
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« [Ordonnance du 2 novembre 1945 relative aux actes de décès des militaires et civils morts pour la France] », Journal officiel de la République française, 77e année, no 260, 5 novembre 1945 (fin)
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« [Circulaire pour la commémoration du 11 novembre 1945] », S.D.
Source Archives nationales, AJ/16/7155
« [Circulaire pour la commémoration du 11 novembre 1945] », S.D. (suite)
Source Archives nationales, AJ/16/7155
« [Circulaire pour la commémoration du 11 novembre 1945] », S.D. (fin)
Source Archives nationales, AJ/16/7155
« [Décret no 46-654 du 11 avril 1946 portant dérogation aux dispositions de l’ordonnance du 10 juillet 1816 sur les hommages publics] », Journal officiel de la République française, 78e année, no 87, 12 avril 1946
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France
« [Lettre sur la constitution des fichiers des déportés] », 4 décembre 1944
Source Archives nationales, AJ/16/7155
« [Circulaire du ministre de l’Éducation nationale sur les crimes de guerre] », 28 décembre 1944
Source Archives nationales, AJ/16/7154
« [Circulaire du ministre de l’Éducation nationale sur les crimes de guerre] », 28 décembre 1944 (fin)
Source Archives nationales, AJ/16/7154
« [Réponse du doyen au recteur sur les crimes de guerre] », 24 mars 1945
Source Archives nationales, AJ/16/7154
« [Circulaire sur l’identification] », 5 octobre 1945
Source Archives nationales, AJ/16/7155
« [Circulaire sur l’identification] », 5 octobre 1945 (suite)
Source Archives nationales, AJ/16/7155
« [Circulaire sur l’identification] », 5 octobre 1945 (complément et fin)
Source Archives nationales, AJ/16/7155
« [Lettre du doyen de la faculté de droit au recteur de l’Académie de Paris au sujet d’une première liste de victimes du nazisme] », 26 octobre 1945
Source Archives nationales, AJ/16/7155
« [Lettre du doyen de la faculté de droit au recteur de l’Académie de Paris au sujet d’une première liste de victimes du nazisme : annexe] », 26 octobre 1945
« [Lettre de] René Cassin à Monsieur le recteur », 23 janvier 1945
Source Archives nationales, F/17/27015
Après l’identification des personnes à honorer, cette sous-galerie se concentre sur les formes de commémoration mises en œuvre à l’échelle de l’Université de Paris et, en son sein, de la Faculté de droit. Dans cette lettre adressée au recteur de l’Académie de Paris, le professeur René Cassin, après avoir participé à une cérémonie d’hommage aux morts pour la France organisée par l’université, déplore que les résistants ayant accompagné le général de Gaulle à Londres n’aient pas été mentionnés. Son propos illustre, à travers son expérience personnelle, l’importance qu’il accorde à une histoire de la guerre « véridique et aussi complète que possible ».
« [Lettre de] René Cassin à Monsieur le recteur », 23 janvier 1945 (fin)
Source Archives nationales, F/17/27015
« [Déroulé de la cérémonie du 10 novembre 1945] », S.D.
Source Archives nationales, AJ/16/7155
Ce document présente le déroulé de la cérémonie du 10 novembre 1945, organisée par l’université de Paris en hommage aux élèves et maîtres de l’Académie de Paris morts pour la France. Cette cérémonie commémorative, organisée à l’échelle de l’Université de Paris, réunit les doyens, les membres du Conseil de l’Université, Georges Pompidou (alors membre du cabinet du général de Gaulle), le président du Conseil d’État, les présidents des Académies, ainsi que les familles des morts et disparus. Le document précise également le déroulement des hommages, avec d’abord le discours du recteur, suivi du salut aux morts, de la musique de la Garde républicaine et d’une prestation de la chorale des lycées de jeunes filles de Paris.
« [Déroulé de la cérémonie du 10 novembre 1945] », S.D. (fin)
Source Archives nationales, AJ/16/7155
Université de Paris, « Vue générale de la cérémonie [du 10 novembre 1945] », dans Cérémonie du 10 novembre 1945, à la Sorbonne à la Mémoire des Maîtres et des Élèves de l’Académie de Paris Morts pour la France et pour la Liberté, 1945
Source Archives nationales, AJ/16/7155
Cette photographie offre une vue générale de la Cour d’honneur de la Sorbonne lors de la cérémonie du 10 novembre 1945, organisée par l’université de Paris en hommage aux élèves et maîtres de l’Académie de Paris morts pour la France.
Allocution de M. Jacques Bloch, Étudiant à la Faculté de Droit, déporté, 10 novembre 1945
Source Archives nationales, AJ/16/7155
Le document présente le discours complet de Jacques Bloch, étudiant de la faculté de droit déporté, prononcé lors de la cérémonie du 10 novembre 1945. Il souligne l’importance de se souvenir et de rendre hommage aux morts, en évoquant notamment les victimes de la campagne de 1939-1940, puis celles envoyées dans les camps de prisonniers, les déportés. Il est notable qu’il ne fait pas encore référence aux déportations spécifiques des Juifs, un aspect qui n’était pas encore reconnu publiquement à cette époque.
« [Préparation de l’hommage rendu dans la crypte de la Sorbonne le 12 novembre 1945] », S.D.
Source Archives nationales, AJ/16/7155
Ce document émanant du recteur de l’Université de Paris concerne les préparatifs de la cérémonie du 12 novembre 1945, organisée en hommage à l’héroïsme et à la résistance universitaire. Douze corps d’élèves et d’enseignants morts pour la France ont été choisis pour être inhumés dans la crypte de la Sorbonne. Le recteur y demande qu’une délégation composée d’un professeur et de six élèves soit désignée dans chaque établissement, et précise les horaires ainsi que les missions attribuées à ces délégations pour le jour de la cérémonie.
« [Déroulé de la cérémonie d’inauguration des plaques commémoratives] », novembre 1951
Source Archives Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Le document présente le programme préparatoire de la cérémonie du 10 décembre 1951, organisée cette fois par la faculté de droit en hommage à ses étudiants morts pour la France. C’est à cette occasion que furent inaugurées les plaques commémoratives aujourd’hui visibles au centre Panthéon. Le président de la République, Vincent Auriol, ainsi que le ministre de l’Éducation nationale, sont présents.
« [Discours des étudiants à la cérémonie d’inauguration des plaques commémoratives] », 10 novembre 1951
Source Archives Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Ce document présente le discours prononcé par les étudiants lors de la cérémonie d’inauguration des plaques commémoratives organisée par la Faculté de droit en novembre 1951, en hommage à leurs camarades morts pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils rendent hommage aux combattants de 1939-1940, aux résistants, aux volontaires de la France libre et aux soldats de la dernière campagne jusqu’à la Libération. Le discours se conclut par deux résolutions : préserver la mémoire de ceux qui sont tombés pour un idéal de justice et se souvenir que la justice s’incarne à la fois dans la balance et le glaive.
« [Discours des étudiants à la cérémonie d’inauguration des plaques commémoratives] », 10 novembre 1951 (fin)
Source Archives Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
« [Discours du doyen Julliot de La Morandière à la cérémonie d’inauguration des plaques commémoratives] », 10 novembre 1951
Source Archives Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne Document numérisé consultable ici.
Ce document présente le discours prononcé par le doyen de la Faculté de droit, Julliot de La Morandière, lors de la cérémonie de novembre 1951. Il salue la présence du président de la République, Vincent Auriol, dont il souligne le courage pendant la guerre ainsi que l’appartenance au monde juridique en tant que docteur en droit. Il remercie également le ministre de l’Éducation nationale, ancien étudiant de la faculté et avocat réputé, ainsi que le recteur et l’ensemble des personnes présentes pour leur participation à cet hommage.
« [Invitation à la cérémonie d’inauguration des plaques commémoratives à l’adresse de Madame et Monsieur Mayer] », 1951
Source Archives Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Cette lettre est une invitation adressée à Madame et Monsieur Mayer pour la cérémonie d’inauguration des plaques commémoratives en hommage aux étudiants de la faculté de droit morts pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale, organisée le 10 novembre 1951.
« [Enveloppe d’invitation à la cérémonie d’inauguration des plaques commémoratives à l’adresse de Madame et Monsieur Mossé] », 1951
Source Archives Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Ce document est une enveloppe d’invitation adressée à Madame et Monsieur Mossé pour la cérémonie du 10 novembre 1951, organisée par la Faculté de droit en hommage à ses étudiants morts pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit des parents d’un étudiant déporté. L’invitation n’a pas pu leur être remise, la mention « partis sans laisser d’adresse » étant inscrite sur l’enveloppe.